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Marianne

Par Admin Didier Daurat, publié le samedi 22 mars 2014 19:44 - Mis à jour le vendredi 6 mars 2015 18:52

  • D'après Libé, dans un article intitulé "Paroles antisémites de Freeze Corleone : après l'omerta, le théâtre politique",...
    D'après Libé, dans un article intitulé "Paroles antisémites de Freeze Corleone : après l'omerta, le théâtre politique", celui qui se décrit comme un "Arabe nazi dans le rap", est avant tout un incompris. En fait c'est nous les idiots : nous n'avons pas compris ce génie de la musique.

    Le rappeur Freeze Corleone a beaucoup fait parler de lui récemment pour ses paroles volontiers antisémites comme « tous les jours RAF (rien à foutre, ndlr) de la Shoah » ou « comme des banquiers suisses, tout pour la famille pour que mes enfants vivent comme des rentiers juifs », ainsi que pour ses références constantes à la figure du Mollah Omar, ancien chef des Talibans, aux SS, ou à Goebbels et Hitler, au point que le parquet de Paris a décidé d'ouvrir une enquête.

    Mais d'après Libé, dans un article intitulé « Paroles antisémites de Freeze Corleone : après l'omerta, le théâtre politique », celui qui se décrit comme un « Arabe nazi dans le rap », est avant tout un incompris : « Certaines œuvres sont des antichambres de l’enfer. Parfois explicites (…) Parfois plus cryptées et cryptiques, dans leur manière de faire corps avec le pire des pensées en circulation (…) c’est un artiste extrême et exigeant, à l’écriture minutieusement codée ». On a déjà vu plus « codé » que « dans le rap y a v'la de Cohen », comme le chante le rappeur, mais admettons.

    cryptique

    Qu'y aurait-il de si « cryptique » chez Corleone ? Pour le journaliste, on a affaire dans cette « œuvre complexe » (à quand une réédition dans La Pléiade ?) de ce rappeur « subversif, profondément », à « un véritable monde parallèle à celui du rap français dit mainstream – avec lequel il a souvent déclaré vouloir garder ses distances – et qui s’en différencie effectivement par sa fantaisie et sa noirceur ». C'est d'ailleurs « l’un des rappeurs les plus travaillés par la question du mal et de ceux qui le font ».

    Cette obsession antisémite qui semble se dégager de ses textes n'est en réalité qu'un questionnement éthique et métaphysique. Un fond beaucoup plus subtil qu'il n'y paraît, servi par une forme qui l'est tout autant, avec des « punchlines complexes » (tout est complexe chez lui), feuilletées – souvent en faisant appel à la comparaison, son procédé d’écriture préféré (le mot «comme» est sans doute celui qui s’entend le plus dans ses chansons) ». On attend presque le moment où le journaliste va convoquer Verlaine et Rimbaud. Hélas, il ne viendra jamais, car, comme tous les poètes maudits, Corleone n'aura sans doute jamais la reconnaissance qu'il mérite de son vivant.

    C'est injuste, mais pas étonnant tant « le secret cher à Freeze Corleone n’est pas seulement celui qu’il cultive autour de son personnage (il refuse les interviews) mais le cœur noir au centre de son univers ». Sa musique elle-même, est inaccessible au profane : « dense et enchevêtrée, grisante, elle provoque le vertige par son obstination et sa capacité à capter l’électricité propre au mystère ». On comprend à ce moment-là que malgré tout son mystère, l'écriture du rappeur est loin d'être aussi cryptée que celle de cet article.

    Repousser les limites du ridicule, c'est possible

    Ainsi, malgré beaucoup d' « emprunts et de punchlines qui se réfèrent toujours au même imaginaire offensant », ceux-ci, nous explique le journaliste, « ne prennent jamais tout à fait la forme de discours ». En revanche, ils s'en rapprochent quand même assez prodigieusement. On ne peut que regretter ce manque de lucidité « Malheureusement, le monde du rap, drapé dans une omerta explicable peut être, par les persécutions à répétition qu’il subit de la part de médias généralistes trop prompts à lui reprocher ses excès, sa bêtise ou sa violence, a peu pris la peine d’analyser cette obsession ».

    Hélas, trois fois hélas, Dieu seul sait quelles clés pour l'humanité il y aurait trouvées. Car quel est le vrai problème dans toute cette histoire ? C'est que « sur le banc des accusés », on a « non pas un artiste, mais le rap en général, encore et toujours perçu par le grand public comme une musique populaire «ensauvagée ». C'est rassurant en tout cas de voir que « le complotisme » n'est pas l'apanage de Freeze.

    On ne sait pas si Corleone a fait au journaliste de Libé « une proposition qu'il ne pouvait pas refuser », mais on Freeze le ridicule.

  • Max-Erwann Gastineau est rédacteur pour la revue "Limite", contributeur au "Figaro Vox" et auteur du livre "Le Nouveau...
    Des pays comme la Hongrie ou la Pologne refusent d’accueillir des migrants, comment l’expliquer ?
    Max-Erwann Gastineau est rédacteur pour la revue "Limite", contributeur au "Figaro Vox" et auteur du livre "Le Nouveau procès de l’Est" (Cerf, 2019). Il revient sur les raisons qui poussent certains pays d'Europe de l'Est à refuser d'accueillir de nouveaux migrants, dans le cadre de la renégociation du règlement du règlement de Dublin.

    Le 16 septembre, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé vouloir "abolir" le règlement de Dublin régissant les demandes d'asile au sein de l'Union européenne, remplacé par une nouvelle gouvernance migratoire le 16 septembre dernier. Cette dernière pourrait permettre aux pays du groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) de ne pas accueillir de migrants comme ils le souhaitent.

    Marianne : Comment jugez-vous les critiques à l’égard du règlement de Dublin ?

    Max-Erwann Gastineau : Un premier constat s’impose : leur caractère unanime. Tout le monde veut changer le "règlement de Dublin", dont les termes, rappelons-le, exigent du demandeur d’asile qu’il formule sa demande sur le premier sol européen foulé, soit bien souvent : l’italien, le maltais ou le grec. Tout le monde veut changer ce règlement pour enfin avancer, effacer les échecs répétés de l’Union européenne sur le terrain de l’immigration. "Avancer", mais pour aller où ?

    Derrière le rejet commun de "Dublin", de profondes divergences demeurent. Celles-ci révèlent plus qu’un dysfonctionnement juridique, dont un zeste technocratique suffirait à huiler la mécanique. Elles réveillent un conflit de "valeurs" opposant les deux termes de la devise européenne : "unis dans la diversité". D’un côté, les partisans de l’union "sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe". De l’autre, les partisans d’une Europe de la diversité des peuples et des orientations politiques que leur souveraineté consacre.

    D’un côté, les imperturbables défenseurs d’une "intégration" toujours plus poussée, auréolée des directives d’une gouvernance bruxellisée. De l’autre, les réfractaires du village global, engoncés dans leurs traditions nationales et dont les inquiétudes exprimées quant aux possibilités d’intégration culturelle des immigrés peineraient à masquer des relents surannés. D’un côté, ceux qui essayent (de "faire avancer l’Europe"). De l’autre, ceux qui se referment. Du moins c’est ainsi qu’on nous les présente et qu’on ne manquera pas de les désigner lorsque l’échec annoncé de la réforme de "Dublin" sera avéré. Et ce pour deux raisons : la première est qu’elle requière l’unanimité des Vingt-Sept. La seconde est qu’elle rate l’essentiel. L’immigration n’est pas un sujet juridique, dont les causes et les conséquences pourraient être traitées sous les auspices d’un "mécanisme de solidarité obligatoire" (bel oxymore !). Elle est un problème fondamentalement politique.

    Depuis 2010 en Hongrie et 2015 en Pologne, les électeurs ont sanctionné
    des orientations politiques sans équivoques, hostiles à l’accueil
    d’immigrés

    Prenons, à ce titre, le cas du traitement des demandes d’asile. Celles-ci peuvent aboutir, et dès lors mener l’individu concerné à obtenir la protection qu’il a légitimement espérée. Elles peuvent aussi – et bien souvent – ne pas aboutir, et dès lors rappeler l’évidence : l’impuissance du politique. Regardons les chiffres. Moins de 30 % des déboutés du droit d’asile seraient effectivement reconduits dans leur pays d’origine. "Il y a beaucoup de pays avec lesquels l’Europe commerce, que l’Europe soutient par de l’aide au développement, (…) et qui aujourd’hui n’acceptent pas de reprendre le moindre ressortissant dans le cadre de reconduites", explique le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune. Un résumé en forme d’aveu : seule une action diplomatique, étatique, politique résolue, à destination des pays africains, pourra produire l’effet régulateur recherché. Tant que cette action demeurera lettre morte, les peuples, notamment d’Europe centrale, ne suivront pas et continueront de presser leurs dirigeants de reprendre le contrôle des frontières.

    Des pays comme la Hongrie ou la Pologne refusent d’accueillir des migrants, comment l’expliquer ?

    Tout d’abord pour une raison simple : le résultat des élections. Depuis 2010 en Hongrie et 2015 en Pologne, les électeurs ont sanctionné des orientations politiques sans équivoques, hostiles à l’accueil d’immigrés, et conforté des majorités conservatrices soucieuses de préserver la relative homogénéité culturelle de leur société. "Hostilité" et "soucis" qui sont à la fois le produit de l’histoire et de notre temps.

    Le produit de l’histoire, car on ne peut comprendre la Hongrie et la Pologne sans comprendre l’Europe centrale, cet archipel de petites nations qui ont toujours vécu dans la peur de disparaître des cartes et de l’imaginaire collectif. Comme l’écrivait le grand poète István Bibó, dont la statue trône sur les rives du Danube, non loin du Parlement de Budapest : "parler de la mort de la nation ou de son "anéantissement" passe pour une phrase creuse aux yeux d’un Occidental (…). Alors que pour les nations d’Europe de l’Est, c’est une réalité tangible". Ainsi la culture, la langue, la religion (le christianisme)… tout ce qui donne sens et substance à l’appartenance nationale ne forme-t-il pas le pensum de l’ordre établi, mais l’héritage fragile de tout un peuple, le matériau de la cohésion sans laquelle la nation n’aurait pu résister à l’orage des siècles.

    Est et Ouest ne sont pas les descendants du même traumatisme

    C'est également le produit de notre temps, et plus singulièrement de l’année 2015. Au lendemain des attentats contre la rédaction de Charlie hebdo, Viktor Orban se rend à Paris, compose la délégation des principaux chefs d’États étrangers venus apporter leur soutien à la France. Cet épisode va représenter un véritable point de rupture dans le discours du dirigeant hongrois. Pour lui, les choses sont claires : le "vivre-ensemble" a ses conditions que les incantations à l’"ouverture" ignorent, voire menacent lorsqu’elles se doublent d’une forme d’aveuglement et de paralysie face à la "question islamique". Dans un discours d’hommage à Helmut Kohl, prononcé en juin 2018, Orban affirme que les dirigeants européens sont prisonniers d’une "camisole de force spirituelle" ficelée sur les décombres de 1945 et qui les pousse à se détourner de leur propre passé. Privés de boussole, ces derniers auraient perdu le fil de leur histoire et les ressources morales qui fondent l’autorité du politique. Tout le contraire des peuples de l’Est qui demeureraient, eux, attachés au cadre national pour lequel ils ont tant combattu.

    Est et Ouest ne sont pas les descendants du même traumatisme. A l’Ouest, le souvenir du nazisme continue d’entretenir nos craintes de voir le politique réinvestir le champ de la volonté humaine sous les feux de drapeaux et de racines fantasmagoriques. A l’Est, c’est le souvenir du communisme qui continue de travailler la mémoire collective et de forger une culture de résistance valorisant l’ancrage national. A l’Ouest, ce sont les limites du droit qui, pense-t-on, protègent l’Europe du retour de l’autoritarisme nationaliste d’hier. A l’Est, ce sont les limites non pas juridiques mais culturelles, contenues dans les traditions de l’homme ordinaire, qui font office de meilleur rempart au rouleau compresseur de l’impérialisme, communiste hier, libéral aujourd’hui.

    L’Union européenne s’apprête à conditionner les aides communautaires (dont bénéficient largement la Hongrie et la Pologne) au "respect de l’Etat de droit"

    Est-il réellement raisonnable d’appartenir à l’Union européenne, tout en refusant les règles du jeu, notamment en matière migratoire ?

    Qui définit les règles, sinon les Etats ? La règle de droit n’est pas neutre. Elle est façonnée par des acteurs intéressés. Le groupe de Višegrad, qui rassemble les exécutifs hongrois, polonais, tchèque et slovaque, a d’ailleurs été relancé en 2015 en vue de peser sur l’édiction desdites règles.

    Il se pourrait cependant que cet effort soit vain, à l’heure où l’Union européenne s’apprête à conditionner les aides communautaires (dont bénéficient largement la Hongrie et la Pologne) au "respect de l’Etat de droit" ; notion aussi fondamentale qu’instrumentalisée à des fins idéologiques pour contraindre les nations récalcitrantes à se fondre dans le moule d’une uniformisation institutionnalisée, accélérée sous le marteau des juges et l’enclume des droits de l’homme.

  • Le projet de loi Accélération et simplification de l'action publique (Asap) ne comporte pas seulement une extension du...
    Le projet de loi Accélération et simplification de l'action publique (Asap) ne comporte pas seulement une extension du champ du secret des affaires. Les règles de la commande publique sont bouleversées. Kévin Gernier, chargé de mission collectivités territoriales auprès de Transparency France souligne les risques de corruption.

    Marianne : Lundi prochain, les députés examinent le projet de loi Accélération et simplification de l'action publique (Asap). Le texte adopté en commission encapsule plusieurs amendements du gouvernement passés sans encombre. Certains modifient pourtant sensiblement les règles de la commande publique.

    Kévin Gernier : Ce texte, comme beaucoup d’autres désormais, passe par la procédure accélérée qui est devenue la règle. La commission a ainsi expédié à la chaîne des amendements sans discussion ou presque. Sans opposition ou presque. C’est le cas de ceux qui portent sur la commande publique, le nouveau nom des marchés publics. Les sommes en jeu ont beau être gigantesques, la discussion de ces amendements a été inversement proportionnelle à la durée de leur discussion.

    Les critères comme ceux de la publicité des offres et de définition des seuils, qui encadrent la passation de ces marchés sont pourtant les garants d’un bon usage des deniers publics et de la transparence de ces procédures, et de là une protection contre les risques de corruption. Le gouvernement semble vouloir étendre à la crise économique qui vient les dispositifs d’exceptions pris dans le cadre de la crise sanitaire. Transparency a dès avril dernier tiré la sonnette d’alarme face à cette tentation de les pérenniser. Elle n’a pas de sens. En outre, le code de la commande publique prévoit déjà tout des dérogations en cas « d’urgence impérieuse ». Pourquoi dès lors, aller au-delà ?

    Quels sont les critères ici modifiés ?

    Il y a d’abord le seuil en dessous duquel une personne publique qui veut réaliser un marché est dispensée de publicité et autres formalités administratives. Il y a un mouvement de fond qui s’est récemment accéléré. On est passé de 4.000 euros à 25.000 en 2011, puis à 40.000 fin décembre dernier, notamment sous l’impulsion des Sébastien Lecornu, alors ministre en charge des Collectivités territoriales et d'Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances. Laquelle a multiplié les réunions avec le secteur du BTP à Bercy. Puis un décret de juillet l’a propulsé à 70.000 euros pour une période de un an.

    Le texte Asap ne mentionne plus de seuil. Au motif de l'intérêt général, on pourrait désormais avoir des marchés de plusieurs millions d’euros, sans aucune publicité ni concurrence… Il faut dire que c’est une demande récurrente des élus locaux. Avec un argument : permettre aux TPE et aux artisans locaux d’avoir accès aux marchés. Mais ce sont les gros acteurs qui rafleront la mise. Eux sont organisés pour envoyer des armées de commerciaux faire les pieds de grue devant la mairie….

    Il n’y a aucune nouvelle contrainte ?
    Non. Et la question est d’autant plus importante qu’avec les plans de relance, l’argent public va couler à flot. Si la discussion s’est centrée sur la conditionnalité des aides à des critères sur l’emploi ou l’environnement, ce que le gouvernement a écarté, des critères pour se prémunir des conflits d'intérêts, comme il en existe pour les fonds européens, auraient eux aussi dû s’imposer. Les situations ou des élus, des fonctionnaires, bref des ordonnateurs, distribuant des fonds à des entreprises de proches risquent de se multiplier.
    Il n’y a plus rien à faire?
    Nous avons contacté des députés pour les alerter et pour proposer à certains d’entre eux des amendements au texte visant par exemple la suppression de l’amendement gouvernemental que je viens d’évoquer, et qui seront discutés en plénière lundi à l'Assemblée nationale. Ils ont jusqu'à 17 heure ce jour, jeudi 24 septembre pour les déposer. Une majorité pour les adopter et défaire ce qui a été fait est possible à trouver. Encore faut-il que les députés de la majorité se mobilisent et prennent bien la mesure de l’enjeu en termes de transparence et de risques de corruption que porte le texte tel qu’il est écrit aujourd’hui.
  • Auditionnée ce mercredi 23 septembre par la commission d'enquête sénatoriale, l'ancienne porte-parole du gouvernement,...
    Auditionnée ce mercredi 23 septembre par la commission d'enquête sénatoriale, l'ancienne porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a soutenu que les doutes et critiques suscités par les choix de l'exécutif au début de l'épidémie étaient le résultat d'un "défaut d'acculturation scientifique de la population française".

    Comme d'habitude, "trop intelligent, trop subtil, trop technique" pour les modestes cervelles françaises. Auditionnée ce mercredi 23 septembre par la commission d'enquête sénatoriale chargée de faire la lumière sur la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement, son ancienne porte-parole, Sibeth Ndiaye, a soutenu que les doutes et critiques suscités par les choix et la communication défaillante de l'exécutif au début de l'épidémie étaient le résultat d'un manque de familiarité des Français avec la méthode scientifique.

    "Je crois qu'on a souffert au cours de cette crise d'un défaut d'acculturation scientifique de la population française", a avancé celle qui éclatait de rire début mars sur France Inter lorsqu'on lui demandait si elle avait acheté des masques pour sa famille. Dans un développement confinant à la condescendance, Sibeth Ndiaye estime en effet que les rouages du processus scientifique auraient échappé à une opinion renvoyée à l'image d'une masse affolée et ignorante.

    "Quand on devait expliquer que quand il fallait tester un traitement (…) ça prenait des semaines et des semaines, on était confronté à des gens, sur des plateaux de télévision, où même à des citoyens (…) qui vous disaient : 'Mais pourquoi ce n'est pas oui ou non ? Pourquoi c'est pas blanc ou noir, et pourquoi ce n'est pas tout de suite ? Comment vous, qui êtes censés être l'élite politique, médicale, de décideurs, vous êtes incapables de dire si c'est maintenant, tout de suite ?'"

    "On vous accuse d'atermoyer"

    Concédant certes que "tout n’a[vait] pas été bien fait", l'ancienne porte-parole du gouvernement s'est toutefois cramponnée à l'idée que le problème de communication se situait davantage du côté des récepteurs du message gouvernemental : "Expliquer qu'on part d'hypothèses, que ces hypothèses doivent être testées, qu'il faut que plusieurs bras expérimentaux sur les médicaments convergent pour donner la même réponse et que c'est à partir de là qu'on donnera une réponse définitive, ça a été très difficile." Si difficile que Sibeth Ndiaye l'a elle-même résumé en une phrase devant la commission.

    Mais l'ancienne porte-parole ne désarme pas pour autant : "En aucun cas le gouvernement n'a manqué ni de célérité, ni de concentration, ni d'attention au moment de rentrer dans cette pandémie", assure-t-elle. Evacuant les questions ô combien légitimes des stocks de masques, des difficultés rencontrées pour tester la population, ou du manque de moyens constatés dans les hôpitaux, la nouvelle responsable du pôle "idées" de La République en marche préfère pointer du doigt… l'air du temps. "Ça marque le rapport au temps de notre société. Aujourd’hui, on veut que d’un claquement de doigts, toutes les réponses aux questions qu’on se pose, soient apportées immédiatement", a-t-elle expliqué. "Dès que vous allez sur un plateau de télévision quand vous êtes un décideur politique pour dire : c’est plus compliqué que ça, réfléchissons, prenons le temps, on vous accuse d’atermoyer, on vous dit que vous n’allez pas assez vite."

    Des propos repris de volée par le sénateur LR René-Paul Savary, médecin et vice-président de la commission d'enquête : "Vous dites, qu’en temps de crise, il faut de la transparence dans la communication, de la pédagogie, de la compréhension et vous n’avez pas employé un mot qui serait simple et compris par tout le monde : dire la vérité. Et vous parlez de défaut d’acculturation scientifique dans la population…. Est-ce que ce n’est pas la marque de la défiance des autorités par rapport à la population ?"


  • La disparition de Juliette Greco ce 23 septembre clôt une belle époque, celle de l’après-guerre joyeuse et de la chanson...
    La disparition de Juliette Greco ce 23 septembre clôt une belle époque, celle de l’après-guerre joyeuse et de la chanson littéraire. Sa vie fut une scène éclatante.

    Ce 23 septembre, le plus célèbre masque - et ce n’est pas anodin de le dire en ce moment - s’en est allé. On peut vous le dire maintenant. Belphegor, le fantôme du célèbre feuilleton de Claude Barma (1965), c’était bien elle, Juliette Greco. Elle fut le secret le mieux gardé de l’art et de la séduction française, aussi impavide qu’un sphinx, condamnée à errer dans les allées sombres du Louvre derrière un visage de cuir. Il y avait un peu de Franju, ce cinéaste des apparences fantastiques et de l’élégance dans le personnage de Juliette Greco.

    On finissait par la croire inaccessible à la vieillesse, à la mort, à la réalité aussi. Je l’avais rencontrée dans un hôtel luxueux, peut-être le Ritz ou quelque chose comme ça, mais ce détail n’a aucune importance, seul le souvenir et l’image comptent, elle trônait au milieu des ors et des miroirs, vêtue de noir, avec cette voix grave, et cette beauté à peine fatiguée par les années et les amours ondoyantes. Il faut dire que passer de Miles Davis à Michel Piccoli - qu’elle épousera brièvement - montre un spectre sentimental large.

    Elle inspirera au trompettiste de jazz les plus belles pages de ses mémoires, la révélation qu’il pouvait se montrer avec une Blanche sans être lapidé. « Juliette et moi nous nous promenions souvent le long de la Seine, nous regardant dans les yeux, nous embrassant, encore, nous serrant les mains. C’était comme de la magie. », écrira-t-il. Ajoutant : « Elle m’a appris ce que c’était que d’aimer quelqu’un d’autre que la musique. » Avec Juliette, on aimait bien sûr autre chose que la musique, la femme, l’image, la littérature, les mots… Certaines barrières restent infranchissables. Miles rentrera aux Etats-Unis, déprimé. On ne quitte pas Juliette sans voir la vie en noir.

    Déambulations poétiques

    Cette femme qui incarne aujourd’hui notre liberté a vu le jour l’année où Lindbergh traversa l’Atlantique le 7 février 1927, à Montpellier, fille d’un commissaire corse et d’une rêveuse frondeuse. Ce sont les années folles, l’époque de la garçonne créée par le romancier Victor Margueritte, du jazz à Paris, mais aussi des tensions et du fascisme qui monte. Une autre image moins évidente est celle de Juliette à 16 ans, menottes aux poignets, malmenée par la Gestapo. Car sa mère fait partie d’un réseau de résistance. Ses deux filles, Charlotte et Juliette, seront arrêtées, battues puis relâchées en raison de leur âge. Cet épisode la marquera dans cette quête du plaisir absolu, une fois la paix retrouvée.

    Le retour du jazz et des Américains aux semelles souples, émoustillent la jeunesse, et Juliette Greco prend toute sa part dans ce Paris convalescent, autour du Café de Flore et de quelques figures magistrales, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, auteure d’un roman très lu, Linvitée, paru en 1943, épopée métaphysique parlant de théâtre et de vie parisienne. Juliette Greco connaît bien ce livre, peut-être le guide-t-elle inconsciemment vers la scène, lieu de ses songeries de femme libre, perpétuellement amoureuse jusqu’à tomber enceinte.

    Elle expérimente les joies amères de l’avortement. Elle aimera d’ailleurs beaucoup au hasard, entre Le Tabou à la façade chocolat et Les Deux Magots, un cours de théâtre et une virée en voiture, des nuits dans l’hôtel La Louisiane, au 60 rue de Seine, une existence nomade et poétique, représentative d’une génération friande de scènes et de voyages. Mais Juliette ne possède pas encore les ailes du cygne. Elle n’aime pas son nez et décide de le changer, essaie de gérer ses rondeurs, surtout que le cinéma s’intéresse à elle, et qu’aucun fume-cigarette de circonstance ne peut chasser ce profil maladroit et ce corps encombrant. Trois opérations cisèlent la future diva. Ce nouveau nez alimente un temps les gazettes.

    Merci pour la panthère !

    La chirurgie lui a sans doute donné ce côté statuaire qui lui a permis de dominer la vie et d’en imposer dans la mort. Elle a sculpté ce look de prêtresse un peu asiatique avec ses cheveux longs, sa voix grave, avare de discours, laissant les gens aller vers elle, idéal pour le cinéma qu’elle pratique dès 1947, et conduira en dilettante, fidèle à cette génération de chanteurs comédiens comme Yves Montand, Serge Reggiani, et aux Etats-Unis, Frank Sinatra et Dean Martin. La plupart de ses films - Au Royaume des Cieux de Julien Duvivier ou Quand tu liras cette lettre de Jean-Pierre Melville - sont oubliés, à l’exception d’Orphée de Jean Cocteau (1950), des Racines du ciel (1958) et du feuilleton de Claude Barma Belphegor ou le fantôme du Louvre (1965).

    La postérité flatte aujourd’hui ses chansons merveilleuses dans sa décennie bénie, « Si tu t’imagines » (1950), d’après Raymond Queneau, « Je hais les dimanches » (1951), « Les feuilles mortes » de Jacques Prévert, « Jolie Môme » de Leo Ferré (1963). Ecouter Greco, c’est apprendre l’histoire de la littérature et de la poésie du XXème siècle. « Je pense être un auteur privilégié puisqu’elle m’a chanté », dira Gainsbourg. De lui, elle reprend « L’Accordéon » (1962) et « La Javanaise » (1963). Elle est de celles qui dorent les mélodies, mi-égérie, mi-artiste, iconique toujours, respectée des merveilleux machos de la chanson ou du moins ceux que l’on considère comme tels, Brassens, Brel, Ferré. Elle réconforte Boris Vian, traqueur, mort de trouille à l’idée de s’élancer sur scène.

    "Juliette Gréco séduit"

    Les auteurs-compositeurs rêvent de sa voix sombre, de ce qu’elle peut offrir, le statut convoité d’écrivain, de styliste. Dans un article du Monde en 1961, la critique Claude Sarraute trouve les mots justes : « Juliette Gréco séduit. C’est une oeuvre d’art, le comble du sophistiqué. Du timbre de sa voix à la forme de son nez, rien n’a été laissé au hasard. Tout est concerté, étudié, réfléchi, calculé. » Elle décrit presque une machine de guerre. Sans doute la star n’a-t-elle pas goûté cette analyse, trop éloignée de son personnage poétique, à une époque où le saltimbanque ressemble à une sorte d’aventurier sur le fil, de voyageur sans but.

    Elle réussit trop bien, d’autant que la sexualité vient y mêler sa toile sulfureuse, elle porte l’étendard de la femme française comme Brigitte Bardot, moins acceptée cependant en raison de sa réputation d’intello, de son obligation de demeurer plus lunaire que charnelle. On la critique pour sa liaison avec le producteur américain Darryl Zanuck. « Chose incompréhensible, je peux le concevoir », dira-t-elle, partie en Afrique tourner une adaptation du superbe roman de Romain Gary, Les Racines du ciel. Il fait chaud, les techniciens tombent malades, son partenaire Erroll Flynn trimballe avec lui sa provision personnelle de vodka sous le cagnard. Elle reçoit en cadeau une panthère qu’elle enlace comme un enfant avant que l’équipe du film, inquiète, ne s’en débarrasse.

    "C’était bien"

    Joann Sfar s’en souviendra peut-être quand il la représentera en chat noir dans son biopic consacré à Serge Gainsbourg. Tous ces éléments composent le tableau héroïque de Greco, artiste à l’écart des passions du moment, dont les chansons garderont jusqu’au bout leur ton décalé et chic. En 1967, son « Déshabillez-moi » colle à l’époque, sexy sans être grossier, séduisant du bout des doigts, toujours articulé avec ce phrasé ancien, théâtral, cette pose lyrique et altière peu compatible avec les existences de la révolution en cours, comme une Greta Garbo perdue dans le nouvel Hollywood.

    C’est durant cette période qu’elle rencontre Gérard Jouannest, collaborateur de Jacques Brel et son compagnonnage le plus long, pendant trente ans. Ils vieilliront ensemble, sans s’exhiber. Juliette Gréco évite les engagements faciles et les déclarations intempestives, dans une ère bavarde et brouillonne, attitude fine pour conserver son avance et sa hauteur, éviter de se dégrader en fonçant dans la mêlée. Didier Marouani, créateur du groupe Space et auteur-compositeur, se souvient bien d’elle car son père Maurice était l’agent de Greco. « Elle venait déjeuner à la maison. Même si j’avais l’habitude de croiser des stars (à neuf ans, je m’asseyais à la même table que Jacques Brel), elle m’impressionnait par sa beauté, son côté charmeur. Je ne lui ai jamais proposé une chanson car elle était très entourée, mais quand j’ai sorti mon premier disque, elle m’a convié dans l’une de ses émissions, parce qu’elle l’avait vraiment aimé. Je le sais. Elle avait une gentillesse naturelle, je m’en suis inspiré. Je me disais : un jour je vais arriver, je ferai comme elle, je garderai la tête dans les étoiles et les pieds sur terre. »

    Les nouvelles générations s’y retrouveront : Miossec, Benjamin Biolay et Gérard Manset lui donneront leur écot dans son album Aimez-vous les uns les autres ou bien disparaissez (2003) avant la tournée d’adieu et les chagrins paroxystiques, puisqu’il faut bien à un moment quitter la scène. Les disparitions du discret Gérard Jouannest et de sa fille Laurence, née d’un autre amour, âgée de 62 ans, la terrassent. Il était temps pour elle de partir, à 93 ans. Elle a sans doute pensé au dernier instant à la chanson de Robert Nyel qu’elle interpréta en 1961 : « C’était bien». Oui, vraiment bien.

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